L’OMS/Europe continue de s’adapter à un contexte opérationnel en constante évolution tout en s’acquittant de son mandat.
Tel a été le message principal de la 76e session du Comité régional de l’OMS pour l’Europe (CR76), au cours de laquelle les États membres, les partenaires, les acteurs non étatiques et d’autres délégués se sont réunis pour définir les priorités futures de la Région européenne de l’OMS.
La réunion s’est également caractérisée par une forte participation, avec de nombreuses interventions enrichissantes sur les thèmes à l’ordre du jour tout au long de ces 3 journées.
Outre les informations sur l’état d’avancement de la mise en œuvre du Deuxième Programme de travail européen (2e PTE) et les questions budgétaires, les délégués ont adopté de nouvelles stratégies sur le vieillissement en bonne santé et l’intelligence artificielle (IA), tout en donnant le feu vert à 2 stratégies complémentaires : la première, une stratégie/plan d’action pour la période 2028-2037, visera à lutter contre les maladies non transmissibles (MNT) et à renforcer le bien-être par la promotion de la santé ; la seconde est une stratégie pour la santé mentale et le bien-être.
Après une prestation de la chorale des Grey Singers, le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a prononcé son discours final devant le Comité régional, soulignant toute une série de réalisations dans la Région et au niveau mondial, et se félicitant de l’accent mis sur le vieillissement en bonne santé, l’IA, les MNT et le bien-être.
En conclusion, le directeur général a formulé 4 demandes à l’intention des États membres pour les 10 derniers mois de son mandat : approuver la prochaine augmentation des contributions fixées ; consolider la transformation de l’OMS ; s’engager dans la réforme de l’architecture sanitaire mondiale ; et mener à bien les négociations sur le système d’accès aux agents pathogènes et de partage des avantages.
Confiance, excellence technique et collaboration
S’adressant aux délégués, le docteur Corinne Capuano, responsable de l’OMS/Europe, a ouvert la séance consacrée au rapport du directeur régional de l’OMS pour l’Europe. Après une présentation générale du processus de restructuration et de redéfinition des priorités de l’OMS/Europe, qui vise à renforcer la confiance, l’excellence technique et la collaboration, les délégués ont pu écouter l’intervention de la professeure Anna Odone, présidente du Conseil scientifique consultatif de l’OMS/Europe, récemment constitué.
Les chefs de division ont également présenté des rapports sur d’importantes sphères de leur travail : le docteur Ihor Perehinets a mis en avant les travaux menés actuellement par l’OMS/Europe dans le domaine de la sécurité sanitaire ; le docteur Kremlin Wickramasinghe a évoqué les mesures sanitaires face au changement climatique et la lutte contre les MNT ; enfin, le docteur Natasha Azzopardi-Muscat a fait le point pour les participants sur le vieillissement en bonne santé et la forme à donner aux systèmes de santé de demain. Le docteur Oxana Domenti a décrit les avancées réalisées par l’OMS/Europe en matière de promotion de la santé grâce à des partenariats et à la diplomatie. Avant de conclure, le docteur Capuano a mis en évidence 2 initiatives spéciales : la lutte contre les violences à l’encontre des femmes et des filles, et les soins de santé primaires (SSP) pour l’avenir.
À l’issue de ce discours et du rapport, les États membres ont exprimé leur ferme soutien à l’OMS/Europe et au 2e PTE, remercié le personnel de continuer à remplir sa mission malgré de lourdes contraintes financières et réaffirmé leur engagement en faveur du multilatéralisme et d’une OMS guidée par la science et l’indépendance.
Les SSP occupent le devant de la scène lors de la première journée
Également organisée le premier jour, la réunion d’information technique de haut niveau du CR76 a marqué le lancement officiel du dialogue en vue d’Alma-Ata+50, un processus prospectif visant à définir l’avenir des SSP à l’horizon 2050 et au-delà. Les discussions ont fait ressortir la nécessité de renforcer la prévention et la promotion de la santé, d’étoffer les équipes pluridisciplinaires, de tirer parti des innovations numériques adaptées aux SSP et d’assurer la continuité des soins grâce à des relations durables entre les professionnels de santé et les communautés locales.
Présent à cette séance, le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a rappelé aux participants que les SSP visent à donner aux personnes et aux communautés les moyens de prendre en main leur santé et de la préserver durablement.
La Commission paneuropéenne sur le climat et la santé fait le point sur ses travaux
À la fin de la première journée, Mme Katrin Jakobsdóttir, présidente de cette commission et ancienne Première ministre islandaise, a présenté aux États membres un point de la situation concernant la Commission paneuropéenne sur le climat et la santé, notamment ses recommandations et son action de sensibilisation, qui se poursuit, appelant les pays à continuer de faire du climat et de la santé une priorité politique.
Désignations et élections
Au cours de la séance à huis clos sur les désignations et les élections, l’Estonie, la Finlande, la Pologne et la République de Moldova ont été élues au Comité permanent du Comité régional. Par ailleurs, l’Albanie, la France, l’Islande et l’Italie ont été proposées pour occuper des sièges au Conseil exécutif de l’OMS, et cette question sera examinée lors de la Quatre-vingtième Assemblée mondiale de la santé, en 2027. En outre, le Portugal a été élu au Conseil conjoint de coordination du Programme spécial de recherche et de formation concernant les maladies tropicales.
Budget programme
Au cours de la séance consacrée au budget programme, des informations détaillées ont été présentées au Comité régional concernant la situation financière actuelle de l’Organisation pour l’exercice biennal 2026-2027, avant la tenue d’une séance distincte consacrée à l’avant-projet de budget programme pour 2028-2029.
Les délégués ont salué la bonne gestion financière du Bureau régional et son alignement sur le 2e PTE, tout en soulignant qu’une hiérarchisation stricte des priorités devait également passer par une réduction de l’importance accordée à certains domaines, afin de se concentrer sur la mission essentielle de l’OMS.
Les États membres ont appelé à une plus grande efficacité aux 3 niveaux de l’OMS : éviter les résolutions non financées ; renforcer la transparence concernant les dépenses et l’évolution historique des budgets des exercices biennaux précédents ; et s’attaquer aux « poches de pauvreté » persistantes dans des domaines tels que la préparation aux situations d’urgence, le changement climatique et les MNT.
Questions découlant de l’Assemblée mondiale de la santé et du Conseil exécutif
Au cours de la séance consacrée aux questions découlant de l’Assemblée mondiale de la santé et du Conseil exécutif, les délégués ont entendu l’intervention de Bjorn Kummel, coprésident du groupe de travail composé de 25 membres chargé de la réforme de l’architecture sanitaire mondiale. Ce processus ambitieux devrait se poursuivre jusqu’en mai 2027 et vise à définir des options et des recommandations concernant :
- une meilleure harmonisation des fonctions, des missions et des capacités ;
- une amélioration du processus décisionnel et de la coordination ;
- un financement en phase avec les priorités nationales, régionales et mondiales.
Les délégations ont fait part de leurs commentaires et suggestions au groupe de travail, en réponse à 2 questions :
- Quel est le principal défi auquel votre région est confrontée et qui devrait être pris en compte dans le cadre des 3 objectifs, tels qu’ils ont été convenus dans la décision WHA79(20) de l’Assemblée mondiale de la santé ?
- Quelles sont les fonctions qui devraient être exercées au niveau régional ? Quelles sont les fonctions qui devraient être exercées au niveau mondial ?
Les délégations ont souligné l’importance du rôle normatif de l’OMS, ainsi que ses fonctions en matière de surveillance transfrontalière, de coordination des situations d’urgence, de diffusion d’informations et de coopération sur le plan réglementaire. Une meilleure communication entre les niveaux mondial et régional a également été jugée comme un élément important du processus de réforme.
En ce qui concerne les prochaines étapes, un rapport intérimaire doit être présenté lors de la 160e session du Conseil exécutif, en janvier 2027, et un rapport final est prévu en mai de l’année prochaine, pour examen lors de la Quatre-vingtième Assemblée mondiale de la santé.
Vieillir, c’est vivre
La stratégie « Vieillir, c’est vivre » a été adoptée à l’unanimité par les États membres. Intervenant lors de la séance, le docteur Natasha Azzopardi-Muscat a souligné que, si de nombreuses personnes vivent plus longtemps dans la Région, elles vivent une grande partie de ces années en mauvaise santé.
Fruit d’une consultation de 2 ans auprès de plus de 3 000 personnes, cette nouvelle stratégie s’articulera autour de 2 axes pour améliorer la santé, les capacités fonctionnelles et la qualité de vie des personnes âgées tout en investissant sur l’ensemble du parcours de vie, afin que les générations futures puissent vieillir en meilleure santé.
Feuille de route pour l’action sur l’IA dans le domaine de la santé
À l’issue de cette séance, les États membres ont également approuvé la feuille de route sur l’IA dans le domaine de la santé de l’OMS/Europe, mettant l’accent sur les résultats, la littératie, le contrôle et la gouvernance des données.
Les États membres ont souligné à de multiples reprises l’importance d’indicateurs axés sur les résultats, d’une validation avant déploiement, d’un contrôle humain, d’une responsabilité clairement définie, de la littératie en matière d’IA et de l’interopérabilité. L’IA est déjà utilisée dans des systèmes de santé en différents points de la Région. Citons, par exemple, la base de données d’imagerie thoracique du Service national de santé du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord (plus de 81 000 échographies) et l’utilisation de l’IA pour les mammographies en Türkiye.
Toutefois, des lacunes subsistent : seuls 8 % des pays disposent d’une stratégie spécifique à l’IA dans le domaine de la santé, 1 sur 5 propose une formation à l’IA avant l’entrée en fonction des professionnels de santé et un quart leur assure une formation en cours de carrière. Moins de la moitié des États membres évaluent les cadres juridiques, tandis que près de 40 % d’entre eux ne disposent pas de lignes directrices en matière d’éthique.
L’OMS/Europe s’est engagée à prendre des mesures concrètes, notamment en publiant une note d’orientation sur les normes concernant la responsabilité en matière d’IA et en lançant, au début de l’année prochaine, une boîte à outils destinée aux pays pour évaluer leur état de préparation à l’IA.
Vers des stratégies pour lutter contre les MNT et améliorer la santé mentale dans la Région européenne de l’OMS 2028-2037
Au cours de cette session, le Comité régional a apporté son soutien à la poursuite des travaux de l’OMS/Europe visant à élaborer 2 stratégies complémentaires sur les MNT et la santé mentale.
Les 27 États membres qui sont intervenus ont tous salué ou soutenu l’élaboration de la stratégie relative aux MNT. La stratégie en matière de santé mentale a également bénéficié d’un large soutien, mais plusieurs pays ont souligné la nécessité de mettre en place une coordination étroite et d’éviter les doublons.
Le message général était clair : passer des données probantes à une mise en œuvre, grâce à des mesures concrètes, mesurables et soutenues par des moyens suffisants, qui aident les pays à renforcer la prévention et la promotion de la santé.
Le docteur Kremlin Wickramasinghe a remercié les États membres et les partenaires pour leurs commentaires et suggestions concrets, réaffirmant que la stratégie visant à lutter contre les MNT et à améliorer le bien-être par la promotion de la santé devait être axée sur la mise en œuvre d’interventions à l’efficacité avérée.
Dans ses commentaires sur la deuxième stratégie relative à la santé mentale et au bien-être, le docteur Natasha Azzopardi-Muscat a réaffirmé la volonté d’élaborer des stratégies cohérentes et étroitement coordonnées, notamment en ce qui concerne, par exemple, les SSP et les addictions, domaines dans lesquels les 2 stratégies se complètent et peuvent se renforcer mutuellement.
Clôture de la session
Commentant les fructueux débats dans ses observations finales, le docteur Corinne Capuano a déclaré : « L’engagement a été l’une des caractéristiques distinctives du CR76 – depuis les Grey Singers, exemple grandeur nature de la manière de rester actif et de continuer à s’impliquer, jusqu’à notre représentant de la jeunesse qui nous a exhorté à faire en sorte que la jeune génération hérite d’une meilleure santé que celle dont nous jouissons aujourd’hui ».
La prochaine réunion des délégations aura lieu lors de la 77e session du Comité régional, qui se tiendra du 26 au 28 octobre 2027.

